Paul Lemaire - Sur le chemin des fèves
     

Paul Lemaire - Sur le chemin des fèves

« J’ai envie de partir d’ici » lâche Donatien alors que lui et son père Andrien remontent au-dessus de leur champ. Donatien n’a pas réussi à avoir ses concours de la fonction publique l’année dernière et il ne pourra pas les repasser cette année faute d’argent familial. Il devra probablement continuer à travailler dans les 2 ha de champs de cacao que possède la famille. Son petit frère Cedric 9 ans, les rejoindra un peu plus tard pour les aider.

Le travail des enfants et la pauvreté font partie de la routine des planteurs. Ce sont des éléments parmi d’autres qui plombent les conditions de vie des gens qui manient les fèves, des champs jusqu’au port. En tout, ils sont environ 5 millions à avoir un travail lié au cacao en Côte d’Ivoire, soit 20% de la population.

« Quand il y a du travail tout va bien, mais quand ça va pas c’est chacun pour soi » résume Soumaru, un chauffeur de poids lourd convoyant les fèves des champs jusqu’à San Pedro le plus grand port cacaoyer du monde. Il effectue son 2eme trajet depuis le début du mois alors qu’il en était déjà à 4 l’année dernière à la même époque. La période post-électorale a troublé la filière, aux dépens de ses travailleurs libéraux.

Dans ce pays du golfe de Guinée, l’absence de salaire plancher, la déforestation massive, le travail des enfants, l’utilisation de produits phytosanitaires dangereux sont les phénomènes les plus néfastes de cette filière qui fournit une grande partie du cacao mondial (les autres grands pays producteurs sont le Ghana, l’Equateur, les Philippines, …).
Ces conditions souvent violentes sont à voir à travers le prisme des retombées de cette industrie pour le planteur : sur 100 Mds $ que pèse le marché mondial du chocolat seuls 6% sont perçus par les producteurs.